Connaissez-vous cette abbevilloise qui habillait les reines ?
À Abbeville, son nom s’affiche sur une plaque de rue discrète, entre un fast-food et un rond-point commercial. Et pourtant, au XVIIIè siècle, Rose Bertin habillait les reines et dictait la mode à toute l’Europe. Cette Abbevilloise oubliée, couturière attitrée de Marie-Antoinette, est aujourd’hui remise en lumière par l’historienne de la mode Audrey Millet, qui lui consacre un ouvrage passionnant.
La Picarde qui a inventé la haute couture
Née à Abbeville, Rose Bertin monte à Paris et devient rapidement incontournable. À Versailles, la reine la fait venir jusqu’à trois fois par semaine. Ses créations s’arrachent, son nom circule de Saint-Pétersbourg à Madrid, et son talent dépasse largement les frontières du royaume. Pourtant, son rôle fondateur a longtemps été effacé des livres d’histoire. "Parce que c’est une femme, et parce que les entrepreneures ont été peu étudiées", explique Audrey Millet. Rose Bertin invente pourtant les codes mêmes de la haute couture : des collections saisonnières, des créations dévoilées au bon moment, un créateur érigé au rang d’artiste et déjà, une stratégie marketing redoutable.
Une influenceuse avant l’heure
L’exemple le plus frappant ? Une coiffure audacieuse baptisée "le quésaco", composée de trois plumes dressées en point d’interrogation. Portée à l’opéra par la duchesse de Chartres, elle provoque un véritable séisme à la cour. Rapidement imitée, même par Madame du Barry, la mode est lancée. "Un objet, un nom et une influenceuse : tout est déjà là", résume l’historienne.
Une vie digne d’une série
Dans son livre La couturière de Marie-Antoinette, Rose Bertin, l’invention de la haute couture, Audrey Millet retrace un destin hors normes : de la Picardie à Versailles, de la gloire à la tourmente révolutionnaire. Une trajectoire romanesque, digne d’une série Netflix, pour celle qui fut la véritable pionnière d’un savoir-faire aujourd’hui considéré comme une fierté française.
Découvrez un extrait du livre ICI
À Abbeville, redécouvrir Rose Bertin, c’est aussi se réapproprier un pan prestigieux de son histoire locale. Derrière une rue trop discrète, se cache une femme qui a changé la mode et dont le monde entier suivait les créations.
