Carences ambulancières : "On n’a jamais connu un tel pic d’activité" alertent les sapeurs-pompiers de la Somme
La tension monte dans les centres de secours de la Somme. Face à une explosion des carences ambulancières, le Syndicat Autonome SPP-PATS 80 a officiellement saisi la présidente du conseil d’administration du SDIS. En quelques jours seulement, la situation a franchi un seuil jugé critique par les représentants du personnel.
Une activité qui explose comme jamais auparavant
Pour Mathieu Flipo, président du Syndicat Autonome SPP-PATS des sapeurs-pompiers de la Somme, ce début d’année 2026 marque un tournant. En six jours, 209 interventions pour carence d’ambulances privées ont été comptabilisées. Un volume inédit, révélateur d’un phénomène qui s’installe durablement. "L’urgence n’est plus une anomalie, c’est devenu une défaillance structurelle", alerte le syndicat. "Aujourd’hui, une chose est sûre : notre activité croît d’année en année. Mais là, sur les six premiers jours de l’année, on a connu un pic historique que, personnellement, je n’avais jamais constaté auparavant".
Ce pic a conduit l’organisation syndicale à alerter directement la présidente du conseil d’administration du SDIS, Christelle Hiver, également présidente du conseil départemental, sur les conséquences opérationnelles immédiates.
"Quand nos sapeurs-pompiers partent sur une mission en carence, ils ne sont plus disponibles pour une urgence vitale. Cela signifie que pour un arrêt cardiaque, une hémorragie, un accident grave ou un feu d’habitation, les secours peuvent venir de plus loin", prévient-il.
Des chiffres qui inquiètent sur le long terme
Si le phénomène des carences ambulancières est suivi depuis plusieurs années, l’ampleur prise en 2025 inquiète particulièrement : "Pour 2025, on est déjà à 10 500 interventions liées aux carences dans la Somme, soit 36 % d’augmentation par rapport à 2024. Certains centres de secours voient même leur activité doubler uniquement sur ce type de missions", détaille Mathieu Flipo.
Une évolution qui pèse lourdement sur les conditions de travail, alors que l’activité globale du service d’incendie et de secours ne cesse d’augmenter.
Trois leviers pour sortir de l’impasse
Face à cette situation, le syndicat avance trois axes majeurs. Le premier concerne le recrutement, afin de renforcer les secteurs les plus sollicités et de restaurer un potentiel opérationnel équilibré. Deuxième levier : la reconnaissance financière. Chaque intervention pour carence génère une indemnisation pour le SDIS. "Ces recettes supplémentaires sont générées par le terrain. Nous demandons qu’elles reviennent au terrain, via des effectifs supplémentaires, mais aussi par une valorisation de la charge de travail, notamment à travers une indemnité revalorisée", souligne le président syndical.
Enfin, le syndicat réclame un encadrement clair des missions, via une refonte de la convention tripartite entre le SAMU, les ambulanciers privés et le SDIS.
"Il faut définir précisément qui fait quoi en première intention. Aujourd’hui, c’est sans doute le travail le plus opportun pour éviter que le SDIS ne soit la variable d’ajustement permanente", conclut Mathieu Flipo.
Un signal d’alarme clair, lancé alors que la pression opérationnelle ne cesse de s’intensifier dans les casernes du département. Une sortie des pompiers pour transport de malade est payée 217€ contre en moyenne 500€ pour une ambulance privée. Y’a-t-il des réquisitions de pompiers car cela coûte moins cher ? Le syndicat a obtenu une rencontre avec le directeur départemental du SDIS de la Somme le 10 février prochain pour mettre à plat le nombres d’interventions et réfléchir à des solutions.
